Justice

 

couvjustice2016Titre : Justice

Tome : 1

Nombre de pages : 160

Prix : 7 euros

Public : +15

Date de création : 2011

Première publication : août 2012

Réédition : avril 2016

Illustrations : Valleyhu

Résumé : Des esclaves ne souhaitant pas quitter leur condition, un peuple martyrisé dont la survie ne tient qu’à un fil, des projets monstrueux et une guerre sans fin : bienvenue dans le sombre passé du système d’Exode.
Il faudra l’audace d’un jeune homme assoiffé de liberté et de justice, le courage d’un prince humilié et l’aide précieuse d’une espionne pour que réapparaisse l’espoir. Mais personne n’est à l’abri des traîtres… ou de l’Ecrin des Songes.

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Extrait de la réédition

— Alors ?
La tête ailleurs, Xaheya n’avait pas entendu la conversation entre Kayli et Numi.
— Pardon, j’ai pas suivi, marmonna-t-il.
Puis il leva un sourcil. Ses amis suivirent son regard.
— J’y crois pas, chuchota Laen.
— Qui l’a laissé entrer ? renchérit une Humaine à la table derrière la leur.
Les discussions dans le bar prirent une autre direction, tous les clients échangeant leur surprise de voir entrer un Wurek. Depuis qu’on les avait chassés de leur monde natal, ils faisaient en sorte de ne pas s’attirer d’ennuis et évitaient autant que possible de sortir en public. On reconnaissait ces humanoïdes aux filaments noirs qui couvraient leur peau, à l’or de leurs yeux, à leurs griffes noires et aux grandes pointes souples le long de leur colonne vertébrale. Celui-ci avait l’air mal en point. Il tituba et s’effondra contre le bar en réclamant un verre d’eau. On refusa de le servir. Le barman, un Humain à la peau foncée, pointa la porte du doigt.
— Fous le camp.
— S’il vous plaît ! Juste de l’eau…
Un videur, flanqué de deux droïdes, le releva par le bras et le frappa à la mâchoire. Personne ne bougea quand il le jeta dehors après lui avoir asséné un autre violent coup de poing. Et les conversations reprirent. Kayli alluma une autre cigarette et croisa le regard de Xaheya, qui sirotait encore sa liqueur comme si rien ne s’était passé et tapotait la table du bout des doigts – une habitude qui avait le don d’énerver Laen. Quand il ne resta plus qu’un fond de verre, le Papillon quitta la table après avoir déposé une dizaine de pièces rectangulaires devant le verre de Numi.
— Pour la tournée. Garde la monnaie.
Il passa devant le bar, demanda une bouteille d’eau pour la route et partit. Dehors, la nuit était bruyante, chaude et humide mais Xaheya ne chercha pas à rentrer chez son maître. Lorsqu’il repéra un groupe de jeunes gens ivres pressant quelqu’un contre un mur puis le poussant au sol, il s’avança. Sans hésiter, il se glissa entre eux et vit un bras se lever vers son visage, puis une main saisir le poing prêt à frapper pour le forcer à arrêter. Ils avaient vu les quatre anneaux à son oreille. Ils crachèrent à ses pieds et filèrent sans demander leur reste. Personne ne frappait un esclave de valeur.
Xaheya s’agenouilla auprès du Wurek blessé, qui tentait de calmer sa respiration, et lui tendit la bouteille.
— Bois et pars, tu vas avoir d’autres problèmes si tu restes, dit-il gentiment.
Le jeune Wurek obéit, faisant couler de l’eau sur son menton dans sa hâte de boire, et la bouteille finit par tomber sur les pavés.
—  Pourquoi m’avoir aidé ? chuchota-t-il d’une voix rauque.
— Pourquoi être venu ici ce soir ? demanda Xaheya au même instant.
— Le marché souterrain, répondit-il. On a un allié là-bas, il me donne ses invendus toutes les semaines. Aujourd’hui, on m’a repéré. Forcé de manger du sel. Je peux pas rentrer sans nourriture.
— Le marché souterrain ? répéta le Papillon, regardant combien de monnaie Mho Kaal lui avait donné quelques jours auparavant pour ses sorties. Viens avec moi.
Il l’aida à se relever, son bras autour de son dos pour l’assister alors qu’ils marchaient au milieu des déchets de la société. Une fumée puante s’élevait d’une grille de ventilation à l’une des entrées des souterrains. Un Exodien aux mandibules tordues s’écarta pour les laisser emprunter l’escalier.
— Les gens ont l’air de te respecter, constata le Wurek avec étonnement. Tu es libre ?
— Libre ? rit Xaheya, pointant son oreille du doigt. Aucun Papillon n’est libre. Ils respectent mon maître, pas moi. Quatre anneaux. Ils savent que s’ils me font quoique ce soit, mon maître se vengera.
— Je savais pas, s’excusa-t-il. Je veux dire, je savais que les esclaves étaient mieux traités que mon peuple mais c’est tout. Je suis Kay, au fait.
Xaheya lui sourit chaleureusement et augmenta doucement la pression sur sa taille en le sentant trembler à chaque pas.
— Xaheya. Heureux de te rencontrer. J’aurais dû t’aider au bar, désolé.
— Tu m’as probablement sauvé la vie. Je ne comprends pas, pourquoi tu me ramènes ici ?
Il semblait avoir tout juste reconnu le marché souterrain et secoua la tête, expliquant avoir déjà perdu tout ce qui lui avait été offert.
— Il y a d’autres marchands ici, t’inquiète pas.
Xaheya dut se battre contre son refus dès qu’il comprit qu’il avait l’intention de payer un vendeur. Vu son état, sa fierté était surprenante et lui rappelait sa propre personnalité. Une fois qu’il eût payé pour une réserve de nourriture, il entendit Kay soupirer.
— J’accepte seulement parce que mon peuple meurt de faim.
— C’est ça, se moqua Xaheya.
Il appela un droïde-taxi et les yeux de Kay s’élargirent.
— Pas moyen que tu paies pour me renvoyer chez moi, j’habite à Nefae !
— Tu es blessé. Qui va apporter tout ça à ton peuple si tu crèves en route ?
Xaheya se tourna vers le droïde et lui demanda d’envoyer la facture à Mho Kaal.
Kay protesta encore et l’esclave le poussa un peu trop fort vers le siège derrière le droïde, griffant superficiellement son bras de ses ongles acérés. Le Wurek ne réagit pas, Xaheya s’excusa et leurs regards se croisèrent quand le droïde-taxi démarra. Xaheya songea à l’expression de son maître quand il recevrait la facture et il rit, fuyant à son tour les odeurs et l’humidité de la banlieue.

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